15 février: un alignement de planètes!

Les amis de partout et d’ailleurs,

Nous sommes encore éblouis par notre journée commune du 15 février. Il y a eu alignement de planètes, c’est la seule explication dont nous disposons. Grâce aux nombreux bénévoles parisiens, qui ont assuré l’accueil, le vestiaire, la distribution du repas et le reste, tout s’est passé sans l’ombre d’une anicroche.   En face d’un événement de nature magique, on devrait rester silencieux, mais nous ne savons pas faire.
Nous sommes fiers de vous. De votre présence, de votre si puissante ténacité, de vos idées, de vos inventions, de vos propos. Nous avons le sentiment profond d’avoir pu exprimer ce que nous sommes et ce que nous voulons.
À tous et du fond du coeur, merci, merci, merci. Nous allons gagner cette épuisante bataille, parce que nous ne pouvons pas la perdre. Vive le busard cendré ! Vive la vie !

Le mouvement des Coquelicots (celui du point de départ)

A quand un observatoire national «du bon sens et de la raison»?

Château Thierry le 28 janvier 2020

Le collectif « les coquelicots » du sud de l’Aisne, réagit à l’article de presse concernant l’installation de l’observatoire national de l’agribashing, mis en place dernièrement par la préfecture de l’Aisne. Les observatoires étant à la mode, nous proposons de créer un observatoire national «du bon sens et de la raison». La première solution pour éviter l’agribashing, est avant tout de respecter la nature et le vivant. 

Les pratiques agricoles ayant fortement évoluées ces cinquante dernières années, il semble légitime de croire que l’impact lié à l’utilisation  des produits chimiques est de nature à avoir une conséquence défavorable sur les biens communs, comme l’eau, mais aussi sur la biodiversité et la vie en général. La seconde solution consiste à ne plus utiliser de produits chimiques dans l’agriculture.

Nous avons progressivement assisté à une diminution importante des populations auxiliaires de l’agriculture telles que les insectes pollinisateurs et les prédateurs de rongeurs et autres animaux. Aujourd’hui, nous pouvons parler de désert agricole par l’arrachage des haies et la destruction des chemins. Cette pratique a entraîné l élimination de l’habitat de très nombreuses espèces, contribuant ainsi à une forte réduction de la biodiversité. La troisième solution pour éviter l’agribashing est de planter des haies et de restituer les chemins.

La protection de l’eau est encadrée par de nombreux textes législatifs dans le but de réduire les effets négatifs de l’agriculture intensive notamment la pollution des eaux de surface et des eaux souterraines, du sol et de l’air. Ainsi comme le précise le Code de l’Environnement : “ l’eau fait partie du patrimoine commun de la nation ” et “ sa protection est  d’intérêt général ”. Le capital hydrologique est précieux pour la population, il est aussi synonyme de vie et nous devons exiger le risque “ zéro ” face aux éléments extérieurs et étrangers à cette ressource. La quatrième solution pour éviter l’agribashing est d’aider les agriculteurs, techniquement et financièrement pour produire de manière respectueuse, afin de prendre en considération la qualité de la ressource en eau.

Il est raisonnable de penser qu’un effort et un consensus doivent être trouvés entre les différentes parties prenantes, afin de prendre conscience que chacun joue un rôle important dans la préservation du         bien commun. Oui, nous pouvons laisser un patrimoine vivant, autre qu’un désert de champs sans vie aux générations futures. Facile à dire mais qui à la main pour modifier sainement les pratiques sur le terrain? Quand on sait que plus de la moitié de la surface en France est agricole il semble logique que le pouvoir de changer la donne dépend directement des agriculteurs eux-mêmes, sous l’impulsion des nouveaux consommateurs, avec l’aide publique.

La dernière solution consiste à accompagner les professionnels de l’agriculture à sortir de l’impasse dans laquelle les pouvoirs publics les ont poussés, au nom du progrès.

Bien cordialement,  

pour le collectif « les coquelicots du sud de l’Aisne »

Le CNRS envoie aux pelotes le lobby

Il faut aussi oser rire. Le lobby des pesticides, si puissant, et ses affidés et trolls, si nombreux, prétendent incarner la science, quand nous ne serions que des idéologues. Mais dans l’affaire des SDHI, comme dans tant d’autres analogues, la science est de notre côté. Eux, ils ont le pouvoir, et la bureaucratie.

On lira ci-après un entretien publié par le journal du CNRS. Certes, il s’agit d’un face-à-face avec Pierre Rustin, l’homme par qui le scandale est arrivé. Mais pour qui connaît la lourdeur d’un paquebot comme notre grand institut scientifique, cette parution vaut affirmation, soutien et même acclamation. C’est ici.

Quand Rustin et Bénit répondent aux empoisonneurs

Une courte explication. L’Union des industries de la protection des plantes (UIPP) mérite cet autre nom qui lui a été attribué il y a fort longtemps : Union des industries pour la protection des profits. Sise à Boulogne-Billancourt, l’UIPP est un syndicat – mot trouble et facétieux – qui regroupe la quasi-totalité de l’agrochimie mondiale présente en France, dont Bayer-Monsanto, BASF, Syngenta.

Très embarrassée par l’étude de Rustin, Bénit ed al sur les dangers des SDHI, parue en octobre dernier, l’UIPP a lâché ses équipes, à commencer par ses innombrables communicants et trolls des réseaux sociaux. Il fallait bien répondre. Il fallait bien dire quelque chose. Non à nous, qu’ils savent hors de portée, mais à leurs troupes. Dans un ridicule texte anonyme – comme c’est pratique -, ils essaient de prouver qu’ils ont malgré tout raison. C’est ici et c’est magnifique.

Trois scientifiques de renom, Paule Bénit, Jorge Gallego et Pierre Rustin ont trouvé le temps de répliquer. On les remercie, car ils n’ont pas que cela à faire.

Menues actions contre le monstre

Désolé, nous avons plein de retard. Mardi passé, le 21 janvier, se tenait une conférence de presse peu ordinaire, ainsi que vous pourrez voir si vous en avez la curiosité : cliquer ici pour l’annonce de la conférence de presse.

Nos amis coquelicots de Paris – Jean-Jacques et Audrey, encore merci – ont mis en ligne cet événement, et encore une fois, si vous en avez envie :

Rustin, Lafforgue, Baron, Batho, Prud’homme, Labbé, Biteau, Nicolino

Le lendemain matin, avec des coquelicots de la banlieue parisienne, nous sommes allés sonner les cloches de Roger Genet, au siège de l’ANSES. Il faisait drôlement froid, mais c’était rigolo de crier : « Roger avec nous ! » et de déclencher la sirène de notre mégaphone comme si nous étions des pompiers en service. Mais n’est-ce pas le cas, à la vérité ?

Regardez donc : https://www.youtube.com/watch?v=Nazy9wwW4_c

Et le jeudi 23, l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) organisait une session sur les SDHI, plus décevante qu’intéressante : ici, la vidéo.

Une ministre qui sait faire rire

Vous ne connaissez sans doute pas Elisabeth Borne. Bon, ce n’est pas si grave. La dame est devenue ministre de la « Transition écologique et solidaire » parce que notre François de Rugy, qui avait laissé traîner un homard de trop, est retourné à la case départ. Pauvre grand homme de poche.

Qui est cette madame Borne ? Elle a fait Polytechnique, puis est devenue Ingénieure des Ponts, des Eaux et des Forêts (Ipef). Une excellente préparation. Les Ponts, c’est les canaux et rivières « rectifiées », les équipements touristiques et les barrages, les routes et les autoroutes, les ports et les aéroports, les châteaux d’eau et les ronds-points, et même un peu de nucléaire.

Quant au corps des Eaux et Forêts (désormais fusionné avec celui des Ponts), il a à son tableau de chasse le remembrement, l’arasement de centaines de milliers de kilomètres des talus boisés, le triomphe des engrais et pesticides de synthèse, l’envol sans fin des plus lourds engins agricoles, ceux qui enchaînent à vie les paysans qui se laissent embobiner.

Telle est cette madame Borne, qui a débarqué à l’Écologie parce qu’on n’avait personne sous la main. Elle était et reste ministre des Transports, ce qui l’intéresse tout de même davantage, il n’ y a pas de mal. Que fait une ministre de l’Écologie quand on annonce le désastre d’une augmentation de 24% des ventes de pesticides sur un an ? Elle ne sait évidemment pas, et demande une note à son cabinet. Vous lirez ci-dessous l’idée foutraque que notre ministre-pour-rire a trouvée : interdire les usages non-agricoles des pesticides. On ne touche surtout pas à la FNSEA et à l’industrie, dont les ventes sont à plus de 95% destinées à l’agriculture. Surtout pas ! Mais on culpabilise les autres. Non pas que la SNCF et tant d’acteurs publics – et privés – doivent continuer d’empoisonner, non pas ! Mais franchement, de qui se moque-t-on ? Eh bien de nous, comme d’habitude.

Les Coquelicots contre le délire des pesticides

Ce qui suit est un communiqué public

 Le mouvement des Coquelicots –1 million de soutiens à l’interdiction de tous les pesticides de synthèse– constate une évidence: le système de l’agriculture industrielle est saisi de démence. Le ministère de l’Agriculture vient d’annoncer que la vente des pesticides a explosé en France, augmentant de 24% entre 2017 et 2018.

Ainsi donc, la farce sinistre continue.L’ancien président Sarkozy avait lancé en 2007 le Grenelle de l’Environnement, promettant dans la suite une baisse de 50% de l’usage des pesticides en dix ans. Ce qu’on a appelé le plan Écophyto. Des centaines de millions d’euros ont été investis dans cette chimère, sans que personne n’ose demander où est passé cet argent commun. À l’arrivée du plan en 2018, l’utilisation de pesticides n’avait pas diminué, mais au contraire augmenté d’environ 20%. Dans une République telle que nous l’aimons, les responsables de ce désastre national auraient été invités à aller voir ailleurs. Dans la nôtre, on a préféré lancer un plan Écophyto 2, doté de près de deux fois plus de fonds publics.

Ce qui se passe, nous le savons: le gouvernement, comme les précédents, est couché devant les puissants intérêts de l’agriculture industrielle. Et la quasi-fusion entre la FNSEA, syndicat agricole dominant, et l’appareil d’État aggrave évidemment les choses. Les Coquelicots constatent que ce gouvernement préfère menacer, via la création de la cellule Demeter de la gendarmerie, les opposants aux pesticides. Et imposer de ridicules distances d’épandage –de cinq à dix mètres– pour des produits pourtant dangereux. Nous luttons contre l’empoisonnement universel des enfants, de leurs familles, des paysans, de l’eau, des sols, des insectes, des oiseaux, de tant de mammifères. 

Nous sommes là, et on ne nous fera pas taire.

A lire sur notre site: https://nousvoulonsdescoquelicots.org/2020/01/09/les-coquelicots-contre-le-delire-des-pesticides/

Un coup d’œil américain sur notre affreux système

Tout le monde ne connaît pas l’anglais, et de loin. Et ceux qui comprennent cette langue ne lisent pas tous The New York Times, et de loin. En ce jour de Noël, pourtant, ils feraient bien, car ce très grand quotidien américain nous offre un vrai cadeau (c’est ici). Sous le titre Algues vertes, mort des oiseaux, une carte effacée : les sales secrets des subventions agricoles européennes, une équipe de quatre journalistes rend une enquête impeccable.

On ne peut tout traduire ici, et c’est dommage. L’accueil est déjà un programme : on y voit une grande photo de la plage du Bon-Abri, dans la baie de Saint-Brieuc, dépotoir français de l’agriculture industrielle. À perte de vue d’épouvantables amas d’algues vertes. Les élus bretons qui soutiennent ce système inepte se rendent-ils bien compte des dommages qu’ils infligent à une région qu’ils prétendent aimer ?

Premier mouvement ensuite, l’affaire de la carte disparue. Le Times raconte une réunion qui s’est tenue au printemps de 2017, dans le cadre d’un groupe de travail de l’Union européenne. On y discute – ritournelle bien connue – du « verdissement » de la politique agricole. Passe sur l’écran, au-dessus des têtes des participants, une carte. Elle montre par superposition les liens flagrants entre les aides européennes et le niveau de pollution des sols dans le nord de l’Italie. Les lobbyistes ne sont pas contents, car il y a des lobbyistes dans la salle. Ils le disent. Pas question d’avaliser un document qui comporterait cette carte. Les officiels de l’Union, qui savent qui commandent vraiment, murmurent leur désapprobation. La carte est jetée aux oubliettes.

Mais le Times, l’ayant retrouvée, la publie, et même si vous ne comprenez pas l’anglais, vous pigerez de suite. L’Union – cette Europe-là – n’est pas la solution, elle est le problème. Commentaire avisé du journal : « l’Europe dépense presque 40 % de son budget dans ces programmes, et de récentes enquêtes du Times ont montré qu’il soutient des forces antidémocratiques à travers le continent, et qu’il est administré par des officiels qui bénéficient de ces aides ».

Deuxième développement : la mer Baltique. Très petite – les 2/3 de la France -, presque fermée, elle est farcie de pollutions historiques lourdes, et risque bel et bien de devenir une vaste dead zone, une mer morte privée d’oxygène à cause des proliférations d’algues. Le Times fait un état des lieux renversant. L’élevage industriel polonais est largement subventionné par l’Europe, et la production intensive ne cesse d’augmenter. Les phénoménales quantités de lisier filent irrésistiblement vers la Baltique, via deux grands fleuves, l’Oder et la Vistule. Ce lisier porteur de nitrates y provoque comme chez nous des marées vertes et des blooms algaux, c’est-à-dire des explosions d’algues bleues ou vertes. Mais regardez plutôt les photos satellite ! On voit la pollution dans la mer Baltique depuis tout là-haut !

Au moment où la présidente de la Commission européenne – Ursula von der Leyen – annonce un « “green deal” européen pour ralentir le réchauffement de la planète » (lire ici), il faut s’interroger sur le sérieux du propos. Le Times : « Les responsables européens ont dit pendant des années que le “verdissement” des projets de loi agricole aiderait à réduire les émissions, à préserver les prairies et à sauver la faune sauvage; ignorant ceux qui trouvaient ces efforts trop vagues et trop modestes. Des années de recherche scientifique et de documents internes ont montré les échecs de ces réformes. Phil Hogan, qui était jusqu’à récemment le commissaire européen à l’agriculture, a déclaré (…) : “Nous savons maintenant que cela n’a pas fonctionné” ».

On lira pour finir quatre focus qui rendent malade. Aux Pays-Bas, où l’agriculture industrielle tue massivement nos si chers oiseaux. La perdrix a perdu 90% de ses effectifs en trente ans. A Bruxelles, où le changement de politique agricole n’est pas au programme. A Hilion, en Bretagne, où le combat stérile contre les algues vertes s’éternise. Sur les bords de la Baltique enfin, où l’on ne trouve plus ni vers marins, ni palourdes, ni mollusques. Janez Potočnik, ancien commissaire européen à l’Environnement : « Si vous êtes récompensé pour détruire l’environnement, eh bien, vous le détruisez ! ».

On en est là, à l’heure des vrais choix fondamentaux. Non ?

Les tripatouillages du ministère (sur les pesticides et les ZNT)

La décision vient de tomber, comme un coup de gourdin : ce sera entre 5 et 10 mètres (cliquer ici). Ridicules jusqu’au bout, nos belles autorités «imposent» donc une distance dérisoire d’épandage des pesticides par rapport aux habitations. C’est évidemment une pure folie, qui révolte au plus profond. Nos gouvernants préfèrent donc faire plaisir à la FNSEA et à l’industrie agrochimique.

Le ministère de la Transition écologique publie dans le même temps les résultats de la consultation publique sur ces mêmes distances, qui s’est déroulée du 9 septembre au 4 octobre 2019. Première évidence: les maîtres du lieu ont planqué jusqu’au dernier moment (cliquer ici) le bilan de cette consultation, qui a recueilli 53.674 contributions. C’est un record national.

Cela ne pouvait pas durer, il fallait rendre compte. Et le ministère s’est résolu à le faire (cliquer ici) en prenant quelques précautions qui font rire jaune. Mais avant cela, lisons ensemble le document. Il commence par un gros mensonge (en gras dans le texte), misant sur le fait que beaucoup n’iront pas plus loin: «De façon générale, l’ensemble des contributions illustre l’existence au sein de la population de positions très contrastées sur la question de l’utilisation des produits phytopharmaceutiques et de la mise en place de zones de non-traitement aux abords des habitations».

On tente, dans cette même introduction, d’opposer ceux –«nombreux sont les participants»– qui refusent les pesticides, et ceux –«une partie importante des contributeurs» – qui les défendent. Évidemment, il s’agit d’un procédé qui vise à masquer l’évidence: la société demande la fin du système et seule une petite minorité le défend encore.

On n’est pas obligés d’approuver, mais en réalité, au détour des phrases, c’est le texte officiel lui-même qui rétablit la vérité. Notons, dans le désordre des pages intérieures «Une majorité de contributeurs se prononçant pour une augmentation des distances réglementaires», «Pour un grand nombre de contributeurs, la question excède la seule considération de la distance», «Les répondants s’inquiètent également des risques liés aux “perturbateurs endocriniens”, aux produits “mutagènes et reprotoxiques”, aux “nano-particules” et aux problèmes génétiques. Certains se préoccupent des risques encore “peu étudiés” liés à un “effet cocktail” des différents produits», «Le terme “poison” revient très souvent dans les contributions», «Les riverains, dont certains témoignent en tant qu’agriculteurs ou issus de famille d’agriculteurs, s’inquiètent pour leur santé: une très large majorité demande des distances réglementaires supérieures voire très supérieures (plus de 150 mètres) à celles proposées, notamment en raison de la crainte liée à la volatilité des produits», «À noter que beaucoup de témoignages sont issus de riverains de vignes et de cultures hautes telles que les noyers ou pommiers», «Pour de très nombreux contributeurs, la dangerosité et la toxicité des produits phytosanitaires n’est plus à démontrer», «Pour toutes ces raisons, un grand nombre de participants souhaitent l’interdiction pure et simple de l’ensemble des traitements chimiques employés dans l’agriculture».

Mais ce n’est pas tout. Rusé, pour ne pas dire retors, le texte officiel emploie des formules comme «De nombreux contributeurs se prononçant contre l’arrêté considèrent qu’un durcissement de la réglementation est un non-sens». Le lecteur pressé lira «de nombreux contributeurs», mais celui qui prend son temps comprendra que l’on ne parle que de ceux qui refusent la moindre distance d’épandage. Si 10 personnes sont contre toute distance et que 7 parlent de non-sens, alors en effet, «De nombreux contributeurs se prononçant contre l’arrêté considèrent qu’un durcissement de la réglementation est un non-sens». Rebelote avec la saisissante formule: «La très grande majorité des agriculteurs se prononçant contre l’arrêté partage ce sentiment de dénigrement systématique de leur activité».

Vous lirez à la suite de cet article un extrait extraordinaire du texte officiel, qui fait chaud au cœur. Monte en France le sentiment qu’il faut repenser l’agriculture dans sa totalité. Contrairement à ce que prétendent les lobbies, la FNSEA et l’industrie agrochimique, nous ne sommes évidemment pas contre les paysans. Nous condamnons une pratique criminelle, et pour le reste, oui, clamons-le, nous avons un immense besoin de paysans. Nous en voulons des millions, pratiquant une agriculture sans pesticides, économe en eau, respectueuse de la biodiversité, seule susceptible de nous aider à faire face au dérèglement climatique.

Dernier commentaire sur le texte: il ment épouvantablement par omission. Car il ne cite opportunément aucun chiffre. Il eût été d’une simplicité biblique de réaliser des courbes, d’indiquer des pourcentages, de truffer le document de camemberts permettant de comparer le nombre des adversaires des pesticides et les autres. Mais alors, le château de cartes se serait écroulé, et la supercherie aurait été dévoilée. Dites, amis tripatouilleurs, ça vous embêterait de publier des chiffres?

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Un extrait très réjouissant

Les contributeurs attendant la suppression des pesticides ou la mise en place de politiques ambitieuses pour réduire leur utilisation soutiennent en grande majorité la transition de l’agriculture traditionnelle vers une agriculture durable, intégrant les pratiques dites raisonnées et bio (biocontrôle, permaculture, agroécologie, agroforesterie, bio maraîchage, biodynamique, etc.) et la valorisation des pratiques liées (semis sous couvert direct, utilisations de produits naturels, pratiques sylvo-pastorales etc.)

Ces nouveaux modes d’agriculture sont considérés par les contributeurs qui y sont favorables comme une garantie de pratiques « responsables et respectueuses ». En parallèle, il est également rappelé par les contributeurs favorables à la mutation de l’agriculture qu’il existe une « forte demande » des consommateurs qui traduit une mutation profonde de la société qui devrait inciter les agriculteurs au passage à une agriculture bio sans risque financier majeur « tout en maintenant une compétitivité ». Cette « révolution profonde et urgente » doit répondre à grande échelle au défi de protection des populations et de la biodiversité : « tout en luttant contre le problème sanitaire des pesticides, on lutte contre l’appauvrissement des sols ».

Elle passe selon les contributeurs par plusieurs leviers :  •La question de l’appui, principalement financier et technique, à ce mode d’agriculture apparaît comme un préalable majeur pour une grande majorité de contributeurs. La volonté politique, aussi bien au niveau national qu’européen via la Politique Agricole Commune (PAC), est perçue comme un levier clé pour un changement de paradigme et un encouragement vers de nouvelles conversions.

Il est ainsi souhaité un meilleur système d’aides à l’investissement et à la conversion en agriculture biologique, considérée comme « une pratique d’avenir ». Un appui humain est également attendu à travers des réseaux locaux « de conseillers agricoles capables d’épauler et de guider les agriculteurs » sur le modèle des Groupes d’Étude et de Développement Agricole (GEDA) mis en place par certaines Chambres d’Agriculture. •Le financement de ces politiques pourrait passer par une taxation sur les produits phytosanitaires ou les productions dites conventionnelles, par « un plan national de crowdfunding » ou par la mise en place de  « contrats à impact social qui tiendraient compte des futures économies de santé améliorée, de pollutions évitées, etc. ».

En parallèle, des facilitations fiscales, comme« une suppression de la TVA » sur les productions biologiques pourraient également être un soutien majeur à la transition de l’agriculture. L’appui à la recherche de la part des pouvoirs publics, « avec l’appui de l’ingénierie agronome », est également évoqué par plusieurs contributeurs comme un levier clé d’un déploiement généralisé de l’agriculture durable (variétés, techniques, pratiques, etc.). Une collecte et un partage des expériences et bonnes pratiques apparaissent également pertinents pour soutenir massivement la transition agricole.

La question de la formation, notamment des jeunes agriculteurs dès le lycée agricole, apparaît également comme un sujet central pour de nombreux contributeurs. Les formations aujourd’hui dispensées sont ainsi considérées comme « trop tournées sur des modes de production intensifsdes années 70 et 80 ». Ces nouvelles formations pourraient permettre à l’avenir d’accorder  aux agriculteurs maîtrisant les pratiques de l’agriculture durable des « permis de cultiver ». Il est par ailleurs rappelé que l’adaptation des formations doit aussi concerner les ouvriers agricoles qui sont souvent les principaux utilisateurs des produits phytosanitaires.

La mise en place des zones de non-traitement (ZNT) sont perçues par de nombreux contributeurs comme de potentiels lieux pour des « expérimentations de nouvelles pratiques », pas nécessairement bio, mais proposant d’ores et déjà de nouvelles pratiques plus respectueuses des enjeux sanitaires et environnementaux. Il est ainsi souhaité que ces espaces, qui pourraient bénéficier d’« aides spécifiques », puissent faire l’objet de modes de gestion et d’exploitation innovants (implications d’agriculteurs bio, de riverains ou d’associations de défense de l’environnement, etc.) et bénéficier d’un label spécifique pour leur fonction de « territoire de transition ».

Des mesures de protection spécifiques pour les parcelles conventionnelles qui jouxtent souvent les parcelles biologiques sont également souhaitées, ces dernières ayant « le droit de ne pas subir de traitements non consentis ». L’instauration de distances minimales d’épandage de produits phytosanitaires « à proximité des productions certifiés agriculture biologique » apparaît ainsi nécessaire sur des distances a minima équivalentes à celles prévues par le projet d’arrêté vis-à-vis des lieux d’habitation.

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Castaner veut fliquer les Coquelicots

Attention, ce n’est pas une blague. Et si c’en était une, elle ne serait pas drôle. Le 13 décembre, Christophe Castaner s’est rendu dans le Finistère (cliquer), accompagnée par sa grande amie Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, qu’on ne présente pas ici . Le déplacement s’inscrivait dans le cadre d’une convention signée en toute simplicité par le ministère de l’Intérieur – l’État, donc, l’intérêt public, donc – et la FNSEA. On en apprend tous les jours.

Que venait faire le ministre ? Installer une cellule – quel joli nom – de la gendarmerie nationale appelée à lutter contre l’agribashing. Si. Rappelons que la FNSEA – ne jamais oublier qu’elle ne représente, via les élections aux chambres d’Agriculture, que 25% des paysans de France – a inventé ce terme (cliquer) pour encore grappiller subsides et soutiens de l’appareil d’État. Il faut avouer que cela marche. L’idée est qu’une coalition de vilains mène une entreprise de dénigrement systématique des paysans.

La cellule gendarmique porte le nom souverain de Demeter, déesse grecque des moissons et, au passage, nom d’une marque prestigieuse de l’agriculture biodynamique qu’exècre la FNSEA. Elle aura vocation à traquer, partout en France, les marques d’hostilité à l’encontre de…De quoi, d’ailleurs ? De la FNSEA, du modèle agricole, de l’élevage concentrationnaire, de l’omniprésence des pesticides ? On ne le saura pas, car l’objectif est évidemment de faire peur à tout le monde.

Dans les textes officiels du ministère, on trouve des phrases prodigieuses (cliquer ici). L’édito du ministre commence ainsi par cette phrase d’anthologie : « Depuis quelques années, un phénomène grandit, inacceptable. De plus en plus, nos agriculteurs sont visés par des intimidations, des dégradations, des insultes ». Précisons à ce stade que c’est pure foutaise, toute révérence gardée à la personne de ce cher Castaner. Nul en France, pas même la police ou la gendarmerie, n’est capable de prouver par des faits qu’un « phénomène grandit ». On ne sait pas de quoi on parle, on ne dispose d’aucun chiffre, ni même d’un nombre de plaintes en hausse. Du vent.

Mais cela n’empêche pas la politique, cette politique-là du moins. Dans un mélange extravagant, Castaner définit le périmètre de la cellule Demeter en y inscrivant les vols, les cambriolages, les dégradations diverses, les installations de « gens du voyage » sur des terres agricoles, les actions anti-fourrure, anti-chasse, les tournages de vidéos « clandestines ». Cela serait déjà effarant, mais le ministre va plus loin encore en visant « des actions de nature idéologique, qu’il s’agisse de simples actions symboliques de dénigrement du milieu agricole ou d’actions dures ayant des répercussions matérielles ou physiques ».

Y a-t-il besoin d’une traduction ? Les actions symboliques, c’est NOUS, les Coquelicots. Comme seule la gendarmerie et la FNSEA disposent de la définition du « dénigrement », il n’y a aucun doute que notre mouvement, constamment non-violent, est dans le viseur. On cherche à disqualifier, puis à réprimer la critique de l’agriculture industrielle, qui tue les hommes, les bêtes, les plantes.

Comme il n’est pas encore interdit de se moquer, notons que le même document policier évoqué plus haut détruit sans s’en rendre compte son pauvre échafaudage. Énonçant ses propres statistiques, Castaner livre quelques chiffres censés appuyer son propos. En 2019, il y aurait eu « 14 498 faits enregistrés » au « préjudice du monde agricole ». Un toutes les deux heures ! Ce chiffre « terrible » a été aussitôt repris par les bons amis médiatiques de M.Castaner (https://www.youtube.com/watch?v=6Ys6uux47iU), mais il faut chausser ses lunettes pour comprendre la manipulation.

Les « faits » en question couvrent les cambriolages, les vols – ceux avec violence ont chuté de…31,4% -, les vols de voitures, le vol de gros matériel agricole, etc. Sur la base de 440 000 « exploitations agricoles », les chiffres précis paraissent simplement loufoques : 314 tracteurs volés ! 24 vols avec violence ! 657 voitures dérobées !  Moi qui ai grandi en Seine-Saint-Denis, en partie dans la cité de Montfermeil Les Bosquets, je ne peux constater qu’une chose : la plupart des paysans n’ont jamais croisé le moindre vilain. En revanche, ils disparaissent un à un, par la grâce d’une politique plébiscitée par la FNSEA.

Comment conclure ? On verra, certes, mais ne nous trompons pas : c’est grave. La cellule Demeter, selon les mots même du ministre, devra permettre, avant tout, « d’améliorer [la] coopération avec le monde agricole et de recueillir des renseignements ». Le (gros) mot est lâché. Renseignement. Sans sombrer dans une parano inutile, ce mot signifie, dans l’univers policier, les filatures, les écoutes téléphoniques, voire les infiltrations. On tâchera de s’en souvenir, mais sans aucun doute, nous voila en face d’une nouvelle inquiétude.